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IAEA Press Release

JOURNÉE MONDIALE DE L'EAU 2002 : L'eau pour le développement


C'est aujourd'hui, 22 mars, qu'est célébrée la Journée mondiale de l'eau, dont le thème est " L'eau pour le développement ".


Selon une déclaration faite aujourd'hui par les organismes des Nations Unies, une crise menaçant près des deux tiers de l'humanité se fait de plus en plus précise à cause de la mauvaise gestion persistante des ressources en eau, de la croissance démographique et des modifications climatiques.

D'ici 2025, si les modes de consommation actuels ne changent pas, près de cinq milliards de personnes vivront dans des régions où il sera difficile, voire impossible, de satisfaire leurs besoins en eau douce. La moitié d'entre elles connaîtront de graves pénuries.

Selon l'ONU, les conséquences seront extrêmes pour les populations les plus touchées, qui comptent parmi les plus pauvres du monde, limitant leur capacité de cultiver les plantes dont elles ont besoin pour survivre, favorisant la propagation des maladies et menaçant la sécurité nationale des États.

" Une compétition nationale féroce autour des ressources en eau fait craindre que les problèmes d'accès à l'eau ne contiennent les germes de conflits violents ", a déclaré Kofi Annan, Secrétaire général de l'ONU, dans un message à l'occasion de la Journée mondiale de l'eau.

" Mais les problèmes d'eau que connaît le monde n'ont pas à être nécessairement une cause de tensions, ils peuvent aussi être des catalyseurs de la coopération ", a ajouté M. Annan.

Une demande largement supérieure à l'offre


Moins de 3 % de l'eau de la planète est de l'eau douce, et la plus grande partie de cette eau se trouve dans les glaces polaires ou à de trop grandes profondeurs pour pouvoir être exploitée. La quantité d'eau douce qui est accessible, dans les lacs, les cours d'eau et les réservoirs, est inférieure à 0,25 % du total.

Au XXe siècle, la demande d'eau a été sextuplée, ce qui représente le double du rythme d'accroissement de la population mondiale, tandis que, du fait de la pollution et de la surexploitation dans de nombreuses régions, les réserves permettent de moins en moins de satisfaire la demande.

Les zones les plus touchées se trouvent dans les régions semi-arides d'Afrique subsaharienne et d'Asie où, d'ici 2025, vivront la plupart des 2,7 milliards de personnes dont on s'attend qu'elles connaîtront de graves pénuries d'eau.

D'après l'Organisation météorologique mondiale (OMM), la poursuite de la croissance démographique au même rythme dans ces régions et les variations climatiques exacerberont les tensions dues à la pénurie d'eau.

L'OMM estime que, pour que les pays de ces régions - dont beaucoup comptent parmi les moins développés du monde - puissent faire face à la crise, ils devront améliorer la gestion des ressources en eau tout en mettant en place des stratégies d'adaptation à la variabilité du climat.

Au XXIe siècle, l'ONU devra relever un défi primordial : accroître la productivité de l'eau et provoquer une " révolution bleue ", a déclaré M. Annan.

Même lorsque l'approvisionnement est suffisant, ou abondant, il est de plus en plus menacé par la pollution et l'augmentation de la demande, a dit le Secrétaire général.

" Nous avons gagné en sagesse à propos de la gestion de l'eau ", a dit Mohamed ElBaradei, Directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui est l'organisme des Nations Unies chargé de coordonner la célébration de la Journée mondiale de l'eau 2002.

" Nous ne pouvons pas considérer qu'elle ne s'épuisera jamais, car la quantité présente sur la planète est limitée. Pour mieux la gérer, nous devons travailler ensemble et fixer des priorités qui tiennent compte de ces limites ; sans cela le développement humain ne peut progresser ", a dit M. ElBaradei.

L'eau est à l'origine de la vie sur Terre, et du développement de la civilisation, des premières communautés agricoles aux grandes métropoles. C'est parce qu'elles n'ont pas su gérer l'eau que des civilisations ont disparu, a dit M. ElBaradei.

Selon l'OMM, le développement urbain et industriel " explosif " actuel exige non seulement que les approvisionnements en eau soient suffisants pour répondre aux besoins de la population, de l'industrie et de la production d'électricité, mais aussi que l'on prenne conscience de ce que ce développement accroît le risque d'inondations.

L'agriculture utilise la plupart de l'eau


L'agriculture consomme environ 70 % de l'eau disponible dans le monde, mais, au dire des experts, lorsqu'il y a compétition en matière d'approvisionnement et que les ressources en eaux souterraines sont épuisées, les petits agriculteurs sont les premiers à perdre l'accès à l'eau.

Ces agriculteurs sont donc chassés de leurs terres et les sans-terres, qui les aident, deviennent des sans-travail. On constate aussi des dommages écologiques dans les zones humides et les estuaires du fait de la diminution du débit des cours d'eau, ainsi qu'une augmentation des maladies d'origine hydrique.

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), il faut insister davantage sur l'augmentation de l'efficience des systèmes de gestion de l'eau et sur celle de la productivité de l'eau, c'est?à?dire obtenir davantage de chaque goutte.

Ce sont les femmes qui sont le plus touchées par le manque d'eau. S'il n'y a pas de source proche, elles peuvent avoir à marcher pendant des heures chaque jour pour trouver de l'eau, ou charger leurs enfants de le faire. Les soins et l'éducation donnés aux enfants en pâtissent, et il arrive que l'eau soit impropre à la consommation humaine.

L'ONU estime que 1,2 milliard de personnes n'ont pas accès à de l'eau salubre et qu'environ 2,5 milliards ne disposent pas de services d'assainissement adéquats.

Le manque d'eau salubre favorise l'apparition de nombreuses maladies, liées à des infections gastro-intestinales, ce qui en fait un problème de développement clé associé à l'eau de l'avis de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

" L'accès à des services d'assainissement est un droit fondamental garantissant la santé et la dignité humaine ", dit Sir Richard Jolly, Président du Conseil de coordination pour l'eau potable et l'assainissement, basé à Genève.

" Nous savons d'expérience que la propreté de l'eau seule ne permet que des améliorations mineures au plan sanitaire. Il convient de reconnaître que la qualité de l'hygiène est une question à part entière, qui dépend d'éléments tels que l'adéquation de l'assainissement et la propreté de l'eau. "

Cette année, la pollution de l'eau, la mauvaise qualité de l'assainissement et les pénuries d'eau tueront plus de 12 millions de personnes selon Klaus Töpfer, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

Des millions d'autres sont en mauvaise santé et prises au piège de la pauvreté, a dit M. Töpfer, une grande partie de leur énergie et de leur temps étant perdue à chercher de l'eau salubre.

Dans la Déclaration du millénaire (ONU), les dirigeants mondiaux se sont engagés à réduire de moitié le nombre des personnes qui n'ont pas accès à une eau salubre à un prix abordable.

" Atteindre cet objectif suppose une meilleure gestion - un mélange de mesures d'intervention technologique et de préservation ", a dit M. ElBaradei.

" Les pays se mobilisent déjà au niveau national, mais il faut à l'évidence proposer une assistance à nombre des pays les plus pauvres à l'appui de mesures qui empêcheront la souffrance humaine ", a-t-il déclaré.

Dans son allocution à l'occasion de la Journée mondiale de l'eau, le Secrétaire général de l'ONU a indiqué que, de plus en plus, les pays qui ont des compétences en matière de gestion des bassins hydrographiques et des plaines d'inondation, ou une expérience de pratiques efficientes d'irrigation, partagent leurs connaissances avec d'autres.

L'AIEA fait partie des organismes des Nations Unies qui proposent toute une gamme de réponses face à la crise, mettant à la disposition des États Membres les compétences nécessaires pour appliquer l'hydrologie isotopique en vue d'améliorer la gestion des eaux souterraines. La technique permet une cartographie rapide et fiable des ressources en eaux souterraines, qui peuvent alors être exploitées en toute sûreté sans risque de tarissement. L'Agence favorise aussi le développement du dessalement de l'eau.

Des ministres africains demandent de l'aide


Les ministres de l'eau de 22 pays africains ont lancé un appel en faveur d'une alliance régionale et mondiale, bénéficiant d'un appui financier, pour s'attaquer aux problèmes d'eau et d'assainissement.

Ils demandent instamment que les mesures visant à diminuer le taux de mortalité, résultant d'une mauvaise hygiène et de la contamination de l'eau à l'origine de maladies, soient un thème central du Sommet mondial du développement durable qui se tiendra à Johannesburg du 26 août au 4 septembre 2002.

L'Ouganda, qui fait partie de ce groupe, s'est fixé comme objectif d'assurer un approvisionnement en eau salubre et des services adéquats d'assainissement à 65 % de sa population d'ici 2006 et à la totalité d'ici 2015. Dans une large mesure, le manque d'eau salubre et de services d'assainissement contribue à la pauvreté et au mauvais état de santé dans de nombreux pays en développement.

" Sans eau potable en quantité suffisante, il n'y a pas d'issue à la pauvreté. L'eau est la base d'une bonne santé et de la production alimentaire ", a dit M. Töpfer.

D'après l'OMS, la mise en place de pratiques efficaces de gestion de l'eau offre de grandes possibilités en tant que solution efficiente de remplacement des interventions médicales visant à empêcher et traiter les maladies d'origine hydrique.

" L'eau est probablement la seule ressource naturelle à être liée à tous les aspects de la civilisation - du développement agricole et industriel aux valeurs culturelles et religieuses fondamentales de la société ", a déclaré Koichiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO.

De fait, le besoin et la demande d'eau ont été un moteur du développement social, économique et culturel tout au long de l'histoire, a-t-il dit.

" Il n'est pas exagéré de dire que si l'eau est en crise, le développement l'est aussi ", a-t-il ajouté.

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